Court-métrage de Franck Moatti sur les oeuvres de Chris Bazireau créées en 2013.

Durée du court-métrage : 4 minutes 28 secondes. Tourné en octobre 2013.

Cette installation, réalisée en lien étroit avec l'environnement particulier de cette église désaffectée, présente 6 œuvres dont les titres, légers et souriants, sont en décalage avec le sujet réellement traité. Elles parlent de l'image de la femme, des froufrous, du blanc virginal, de la religion, de la conquête du droit de vote des femmes, de la violence aussi qui peut leur être infligée. A découvrir.

"« Femmes Femmes Femmes ! » tel était le thème de cette exposition collective, réalisée dans le cadre des  « Invitations d'Artistes 2013 » organisées par le Conseil Régional de Picardie, dans l’église désacralisée de Montigny-Sur-l’Hallue.

 

Sculptrice tout terrain et tous matériaux à l’âme bien trempée, Chris Bazireau se demandait bien comment s’approprier un tel intitulé, plutôt porteur d’une image de fanfreluches et de fantasmes masculins, sorte d’hommage trouble ou suspect selon elle. Mais de quelles femmes parle-t-on ? ELLE serait plutôt du genre rebelle… Alors, elle a choisi l’humour enrobé de douceur pour relever le défi. « Je me suis amusée, dit-elle, avec le blanc qui est chargé de sens dans notre culture.  Couleur apaisante, elle  symbolise aussi la virginité, et fait écho à la robe de  mariée et à celle des  petites communiantes  qui ont dû hanter cet ancien lieu de culte».

Mais ne nous fions pas à cette apparente légèreté : c’est une dragée blanche avec un cœur de poivre que l’artiste nous offre ! Le blanc nous enveloppe du sol au plafond. Des tissus aériens façonnent des robes rudimentaires, archétypes d’anges qui s’envolent vers "l’Eternel féminin". Des jambes en papier de soie suspendues à des ressorts se balancent autour d’une lampe, formant un lustre céleste. Et puis, que serait le féminin dans un tel lieu sans la maternité ? De la Madone, ne reste que l’enveloppe d’une jambe pliée, assise, avec à ses pieds, une petite chaussure d’enfant toute blanche elle aussi.

Le clin d’œil se fait plus grave avec cette jupe corsetée, "Crinoline",  dont le jupon révèle les dates du droit de vote des femmes dans le monde, pour peu que l’on se donne la peine d’approcher  et de déchiffrer ces inscriptions manuscrites. Le regard se durcit encore un peu plus avec ce corset-chaise entravé, "Chaise-objet", en hommage aux femmes qui souffrent encore d’oppression et de violences sexuelles.

L’œuvre de cette artiste facétieuse et spirituelle balance entre la magie et le plus profond réalisme.  Sensuelle et insolite, cette installation a su s’intégrer harmonieusement dans l’intimité et le silence de ce lieu chargé."

Pascale Mollier, 2015, la visiteuse filmée, rédactrice en chef de la revue imaginaire R-art-reté